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Malte veut devenir un pays pionnier et un leader européen de l’IA. Pour y parvenir, elle offrira un an d’accès gratuit à ChatGPT Plus à ses citoyens et résidents. Mais ils devront d’abord remplir une condition assez inhabituelle.

Malte veut devenir le premier pays au monde à offrir gratuitement ChatGPT Plus à ses citoyens et résidents. Le titre peut sembler facile, mais derrière cette annonce se cache quelque chose de bien plus intéressant : il ne s’agit pas seulement de donner accès à l’IA, mais d’engager un changement beaucoup plus profond.
Alors que d’autres gouvernements débattent encore de la façon de réglementer des outils comme ChatGPT ou de limiter leur impact dans les écoles et les bureaux, Malte a décidé de faire l’inverse : accélérer leur adoption à l’échelle nationale. Cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large visant à faire du pays l’un des pôles européens les plus ambitieux en matière d’intelligence artificielle, en misant à la fois sur l’éducation, la productivité et la transformation numérique.
Et même si l’idée d’offrir un abonnement premium suffit déjà à attirer l’attention, le véritable objectif se trouve dans ce que le pays espère voir sa population en faire.
Le 16 mai, Malte a annoncé avec OpenAI un partenariat assez inhabituel : offrir l’accès gratuit à ChatGPT Plus à tous ses citoyens. Sur le papier, c’est la première fois qu’un pays envisage de donner un accès massif à un outil d’IA de ce type.
Mais cette annonce ne se limite pas à offrir un abonnement. Elle s’inscrit dans une idée plus large, qu’OpenAI résume ainsi : l’intelligence artificielle devrait fonctionner comme une infrastructure de base, au même titre que l’électricité ou Internet. Comme l’entreprise l’explique sur son propre site :
« Nous pensons que, comme l’électricité, l’intelligence devrait être accessible aux personnes, aux entreprises et aux institutions, afin qu’elles puissent l’utiliser autant qu’elles en ont besoin, quand et où elles en ont besoin. Mais cette vision n’a de sens que si les gens peuvent utiliser ces outils d’une manière qui améliore réellement leur vie et leurs communautés. »
Le programme, porté par le gouvernement avec OpenAI, prend presque le contre-pied de l’approche habituelle : former d’abord la population à l’intelligence artificielle, puis donner accès à l’outil uniquement à ceux qui auront terminé ce parcours.
ChatGPT Plus est la version payante de l’intelligence artificielle d’OpenAI, proposée autour de 23 € par mois. En échange, vous n’avez pas seulement accès au chatbot de base, mais aussi à des modèles plus avancés, capables de mieux raisonner, de générer des images, de travailler sur des projets plus complexes ou de vous aider à programmer.
L’abonnement impose aussi moins de restrictions : vous pouvez poser davantage de questions, générer plus de contenus - texte, images ou audio - et utiliser des outils plus puissants sans être bloqué au milieu d’une tâche. En pratique, c’est la différence entre utiliser l’IA de façon ponctuelle et l’intégrer réellement dans son quotidien.
C’est là que Malte change complètement d’approche. Il ne suffit pas de vouloir ChatGPT Plus : il faut d’abord montrer que l’on sait utiliser l’intelligence artificielle. L’accès à l’abonnement gratuit est lié à la validation d’une formation de base à l’IA. Autrement dit, avant de vous donner l’outil, on vous apprend quoi en faire.
Le cours, développé par l’Université de Malte, s’adresse à tous les citoyens et résidents, sans connaissances préalables nécessaires. Pas de longs cours ni de formats compliqués : il s’agit de leçons en ligne, courtes et directes, un format plutôt logique en 2026.
Selon la Malta Digital Innovation Authority, l’objectif est très concret : comprendre ce qu’est l’IA, ce qu’elle peut faire, ce qu’elle ne peut pas faire, et comment l’utiliser de manière responsable à la maison comme au travail. Car le problème n’est pas d’avoir accès à l’intelligence artificielle, mais de tirer les leçons des erreurs passées et d’apprendre à bien l’utiliser.
Et ce n’est pas une initiative isolée. OpenAI collabore déjà avec les gouvernements de pays comme l’Estonie ou la Grèce pour intégrer ce type de formation dans leurs systèmes éducatifs, ce qui laisse penser que ce modèle pourrait dépasser le seul cas de Malte.
Attention : Malte ne pense pas seulement à ses citoyens. C’est aussi l’un des pays européens qui misent le plus sur l’attraction des talents internationaux. Avec le Nomad Residence Permit, les professionnels originaires de pays hors UE peuvent vivre et travailler à distance depuis l’île pendant jusqu’à trois ans, et ainsi accéder à des initiatives comme celle-ci.
Au-delà de cette mesure, plusieurs points importants sont à prendre en compte pour tout nomade numérique qui envisage de s’installer à Malte :
Ce n’est pas la première fois qu’un pays tente de rapprocher l’intelligence artificielle de ses citoyens, mais ici, il ne s’agit pas seulement de faciliter l’accès. Il s’agit aussi de l’accompagner d’un élément souvent négligé : comprendre ce que l’on utilise.
Alors que d’autres modèles se concentrent sur la mise à disposition d’outils pour tous, la logique est ici presque inverse. Comprendre d’abord, utiliser ensuite. Et à un moment où de plus en plus de personnes interagissent avec l’IA sans vraiment savoir comment elle fonctionne ni dans quelle mesure elle peut se tromper, cette décision est loin d’être anodine.
Car le problème ne vient pas de la technologie en elle-même, mais de la relation que nous construisons avec elle. Aujourd’hui déjà, certaines personnes utilisent l’IA comme si elle était psychologue, comme si elle pouvait remplacer un médecin, ou même comme une sorte d’autorité qui aurait toujours la bonne réponse. Et c’est là que les problèmes commencent : lorsque nous cessons de remettre en question ce qu’elle nous renvoie et que nous perdons notre esprit critique, ainsi que le réflexe de chercher par nous-mêmes.
Utilisée sans discernement, l’IA peut amplifier des erreurs ou créer un sentiment de certitude qui ne correspond pas toujours à la réalité. C’est pourquoi un minimum de compréhension est nécessaire : pour commencer à l’utiliser pour ce qu’elle est vraiment, un outil qui accompagne, élargit et facilite une partie du processus, mais qui ne remplace pas l’humain.
Et c’est précisément là que le modèle maltais devient intéressant. Pas tant parce que le pays offre ChatGPT Plus - même si cette mesure deviendra évidemment très populaire -, mais parce qu’il essaie d’intégrer l’intelligence artificielle dans un usage plus conscient de la technologie, où l’accès et la formation avancent au même rythme.